Les médias occidentaux retiendront assurément peu de choses du séjour, du reste, mouvementé du Leader libyen en France, ayant à peine compris que le temps était résolument révolu où les pays africains étaient pris pour de simples élèves à réprimander sans retenue. Qu’importe pour les esprits un peu lents, le père de la Jamahiriya libyenne rentré satisfait, avec des contrats juteux en poche.
Le président libyen, le colonel Mouammar Kadhafi , est arrivé le lundi 10 décembre à Paris, en provenance de Lisbonne au Portugal, pour une visite offi cielle de cinq jour, jusqu’au 15, à l’invitation de son homologue français Nicolas Sarkozy. Les deux personnalités ont procédé, dans les moments qui ont suivi l’arrivée, à la signature d’une série de contrats d’un montant total de plus de 10 milliards d’euros en faveur des entreprises françaises, notamment dans les domaines militaire et sécuritaire, de l’énergie, du nucléaire, mais aussi de l’agriculture et de la santé. Cette visite s’inscrit dans le prolongement de celle qu’avait effectuée son homologue français, qui s’était rendu à Tripoli le 25 juillet de la même année, au lendemain de la libération des cinq infi rmières bulgares et d’un médecin palestinien incarcérés depuis 1999 et condamnés à mort sous l’accusation d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens. La France a joué un rôle important dans le dénouement de l’affaire. On voit encore Cécilia Sarkozy, alors épouse du Chef de l’Etat fraîchement élu, ramener les ex-détenus à Paris à bord de l’avion offi ciel de la présidence française. Parmi les sujets diplomatiques abordés lors des entretiens entre les deux personnalités fi gure en bonne place le drame du Darfour, mais surtout le renforcement des liens entre leurs deux pays, notamment sur leur collaboration en matière de lutte anti-terroriste. Mais c’est incontestablement le volet militaire qui a le plus monopolisé l’actualité. En effet, Paris a réussi à arracher un accord de maintenance des quinze Mirage F1 toujours en service au sein de l’armée de l’air libyenne. Mais, après la déconvenue de l’avionneur français Dassault au Maroc, écarté au profi t de son concurrent américain, c’est évidemment autour du chasseur Rafale que s’est conclu le contrat le plus juteux en faveur des entreprises françaises.
La tente du leader libyen
Comme à l’accoutumée lors de ses déplacements, le Président libyen a pris le soin d’emporter avec lui sa tente, qui a été dressée dans les jardins de l’hôtel Marigny, où il a pris ses quartiers et où il devait recevoir tous ses invités. Selon les prévisions annoncées par Tripoli, Mouammar Kadhafi devait entre autre y présider une importante rencontre avec les organisations de la Diaspora africaine, avant un débat avec les journalistes venus de tous les coins du monde. Une forte délégation de membres de la Diaspora d’Europe, venus principalement de Belgique et de France, ont effectué le déplacement pour saluer le guide libyen et l’encourager dans son initiative visant la création des Etats-Unis d’Afrique. Mais ils ont simplement été rembroués à leur descente des autocars par les policiers français, omniprésents tout autour des Champs-Elysées. Ce dispositif sécuritaire faisait suite à l’arrivée de protestataires anti-Kadhafi qui avaient également assiégé cette place faisant face à l’hôtel Marigny. La police a simplement estimé bon de n’autoriser aucune manifestation, soit-elle pro-libyenne. Des voix provenant aussi bien de l’opposition française que du propre camp du Président Sarkozy avaient dénoncé la venue de Kadhafi , la première en France depuis Pompidou en 1973, de surcroît à la date dédiée à la célébration de la journée des Droits de l’Homme.Protestations dans toutes les directions
Elles accusaient le leader libyen de concentrer les pouvoirs entre ses mains et de traquer les opposants à son régime, étouffant ainsi toute liberté d’expression. Ainsi, malgré les efforts de rapprochement effectués par Tripoli, notamment en décidant de mettre fi n à la production d’armes de destruction massive, d’indemniser les familles des victimes du crash du vol d’UTA dans lequel la responsabilité de la Libye était épinglée et de libérer les infi rmiers bulgares, la réputation de « leader d’Etat terroriste » semblait s’être incrustée dans la peau de Kadhafi . Néanmoins, seuls les esprits lents n’ont pas encore compris qu’à l’heure de la multipolarisation des puissances, l’Afrique a souverainement décidé de tracer sa voie. Le chef de la Jamahiriya libyenne, fort de ses convictions sur l’avenir du continent, a poursuivi son périple jusqu’en Espagne, pour d’autres contrats, notamment ayant trait à la lutte contre l’immigration clandestine à partir de l’Afrique du Nord. La conquête de l’Europe par le colonel Kadhafi , intervenue directement après sa participation au Sommet Afrique-Union européenne de Lisbonne, illustre à merveille le réveil de l’Afrique, longtemps considérée comme un fardeau mais qui, aujourd’hui, est parmi les plus courtisés après sa volonté de défi nir son propre modèle de développement.