BARACK OBAMA a été élu ce 4 novembre 2008 président du pays le plus puissant du monde. Etant donné le cadre des institutions américaines et leur longue existence dans la mesure où elles n'ont subi aucune altération à l'image de la sacro-sainte constitution des Etats-Unis, cela constitue un exploit sans précédent.
Au vu d'une tradition qui a consacré la suprématie du tandem « blanc et protestant », il n'y aura que deux fois que ce monument de préjugé ethnico-racial est écorné: lors de l'élection de J.F. Kennedy en 1961, blanc et catholique, en 2008, l'élu se nomme Barack Obama, protestant et noir. Deux contextes différents expliquent ces avènements, le premier qui se décline en la continuité de la grande puissance américaine confrontée à celle de l'Union Soviétique et se confond avec l'émergence de la guerre froide, met en évidence une mentalité de non acceptation de la différence même si celle-ci touche à une religion aux fondements communs.
Le second est relatif à un lourd héritage lié à l'esclavage ainsi qu'à l'esprit de pionniers aventureux et téméraires. Nonobstant, les deux moments se situent dans le prolongement des temps historiques ( la guerre de sécession remportée par les fédéraux et causée entre autres par le refus des Etats du Sud à éradiquer l'esclavage, leur irrédentisme qu'explique en gros un atavisme fait du refus de la loi et de la justice pour tous) consécutivement, la rupture avec la doctrine isolationniste concrétisée par les interventions des troupes américaines par deux fois en Europe (1914-1918 et 1940-1945) postulent une réflexion qui montre cette capacité qu'ont les Américains à rentrer en eux-mêmes, à s'autocritiquer et à reprendre confiance dans leurs énormes capacités. Le cas est visible ce jour ou plus qu'une question des mérites personnels d'Obama qui sont par ailleurs immenses, sa victoire est la résultante d'une prise de conscience de l'abime dans lequel M. Bush et son administration ont plongé l'Amérique et la volonté que viennent de manifester les Américains à une majorité écrasante de fermer une page et d'en ouv rir une autre. Dans le numéro du mars 2008, du Nouvel Afrique, j'écrivais ces phrases prophétiques avec un titre qui ne l'étaient pas moins {trois raisons pour croire aux chances d'Obama} « Dans l 'hypothèse où Obama sort vainqueur des primaires, son adversaire Républicain J. Mc Cain, selon toute vraisemblance, sera battu fondamentalement à cause des motifs existentiels décisifs. Les Américains veulent, en tous cas, retrouver leur âme, celle qui est l'opposée de la mentalité déprimante qui marque leur histoire récente du sceau infâmant des fauteurs de guerres, une sortes de salauds sartriens incapables de réenchanter le monde. Et ce n'est pas à un MC Cain, 71 ans, que même ses coreligionnaires plus âgés, 78 - 81 ans, trouvent très vieux, et donc dépassés par les enjeux d'une aggiornamento de la société américaine et de sa place dans le monde, qu'il faudra confier cette tâche herculéenne ».²
L'expression « l 'histoire en marche » se vérifie encore plus aux Etats-Unis qu'ailleurs. Elle permet sans doute d'apprécier, à travers la victoire histoire d'Obama, la suprématie de l'esprit de dialogue, d'ouverture, l'altruisme, de solidarité et de justice, signe d'une grande intelligence des choses sur la médiocrité de la force primaire, de l'individualisme forcené, de la peur de l'autre et de la volonté de puissance.