Article publié le 2008-05-20 par Cyrille Momote Kabange International
Primaires américaines : Que se passe-t-il dans le camp démocrate ? [05-06/2008]
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Les Etats-Unis abordent une des périodes les plus difficiles de leurs cinq dernières années, partagés entres les affres de la politique étrangère de Georges Bush, le ralentissement de l'économie américaine (crise des subprimes, hausse vertigineuse du chômage, le meilleur indicateur de la récession, baisse inquiétante du dollar, etc) et une échéance électorale qui donne le tournis aux analystes politiques les plus pointus.

L'écheveau des primaires démocrates que les spécialistes aguerris cherchent à démêler prennent l'allure d'une empoignade au finish entre Hillary Rodham Clinton et Barak Obama d'une part De l'autre, les Américains démocrates et une proportion importantes de jeunes républicains ayant conscience de la montée des dangers. Terrorisme oblige. A cet égard, ils veulent à la fois refaire l'unité de la Nation et retrouver l'idéalisme des pères fondateurs (un mélange de préceptes moraux protestants lesquels, selon le sociologue Max Weber, sont à la base du succès économique du capitalisme américain). Il resterait à trouver l'homme ou la femme en mesure d'incarner ce retour aux sources, et devant en même temps permettre l'avènement d'une Amérique réconciliée avec elle-même et résoudre les distorsions d'une culture économique qui consacre l'ultra-libéralisme encastré par ailleurs dans les méandres d'une religiosité qu'influence concurremment les sectes dites chrétiennes et le culte du dieu dollar.

Deux candidats atypiques : alors, Hillary ou Barak ?

Généralement, les primaires américaines passent et se ressemblent. Celles qui se clôturent au mois d'août prochain échappent à la règle. Premièrement, la chronologie des primaires montre que 9 présidents élus à l'échelle nationale sur 10 avaient assuré leur nomination avant l'opposant de l'autre camp. Or pour cette fois-ci, John McCaïn est nommé alors que le jeu est loin d'être fait du côté démocrate. Un signe ?Deuxièmement, une femme issue de l'establishment d'immigrés irlandais dont les ancêtres ont fui la grande famine au 17ème siècle et son corollaire, la férule du roi d'Angleterre sur l'Irlande catholique, se retrouve face à un métis d'origine africaine (père Kenyan et mère au sang mêlé). Deux candidats atypiques s'affrontent. Hillary, une femme dans une société où le machisme participe des relents judéo-chrétiens, alors que pour l'autre, Obama, son pedigree formule plusieurs interprétations. Il y a 40 ans, en effet, sa couleur de peau l'aurait offert en pâture au Klu-Klux-Klan. Et son ascension ne devrait pas manquer de susciter un immense espoir chez les Négros (quitte à ce que le colour-bar, encore secrètement en vigueur dans certains milieux underground du sud des Etats-Unis, nous dise si Barak peut se situer dans quelle nuance de couleur). En plus, il n'a pas subi l'infamie de l'esclavage. Ce qui n'a pas affecté son patronyme qui échappe ainsi à la consonance anglaise. Il est né musulman. Il ne l'est plus. Ces circonstances restent inattendues aux yeux de la minorité noire et vexantes par rapport aux attardés blancs, qui sont nombreux à être tapis dans l'ombre. Les paris restent ouverts.

Divisions au sein du parti démocrate

Mais un fait est acquis d'ores et déjà : l'obstination d'Hillary Clinton en dépit de tous les lignes montrant l'écart qui se creuse en termes de délégués et des primaires remportées. Et même quand elle est distancée dans ce qu'elle revendique comme son point le plus fort, notamment la capacité de mobiliser des millions de dollars et que ce fait indique clairement que sa valeur intrinsèque s'efface dans l'opinion en général devant le changement conçu par près de 72 % des Américains comme une panacée universelle, elle veut croire encore en ses chances pour les joutes de Pennsylvanie.Entre-temps, le rival républicain McCain se délecte de cette déchirure chez les démocrates. Qui plus est, les sondages Gallup enfoncent le clan en publiant le 26 mars 2008 les perspectives dramatiques que prépare l'affrontement prolongé des deux personnalités. «Une grande partie des électeurs démocrates pourraient voter pour le républicain McCain en novembre si leur champion n'est pas le candidat du Parti Démocrate», dit-on. Or Hillary Clinton et ses conseillers estiment que tous les succès obtenus par Barak Obama ne pèsent pas lourds sur la balance, dans la mesure où l'important est dans la taille des Etats remportés et leur poids électoral en novembre. L'ex-first lady a gagné, en effet, les primaires de New York, de la Californie, du New jersey ou de l'Ohio. On peut donc penser que son obstination repose sur la tactique d'un programme réhabilitant la recherche d'un nouvel équilibre pour les Etats-Unis tant sur le plan intérieur qu'extérieur. Faisant certainement partie de la classe dirigeante où règnent en maîtres les professionnels de la politique dont les expertises respectives ont montré depuis longtemps leur limites, Hillary a certainement plus d'un tour dans son sac. Notamment lorsqu'elle déclare au magazine américain «Time» qu'elle concentre sur son nom, contrairement à son rival, le coeur de l'électorat démocrate». Allusion à peine voilée aux grands électeurs qui sont sans doutes des apparatchiks.

Le 3 juin, date fatidique ?

Qui dirait alors, néanmoins, ce qu'il adviendrait des Etats-Unis et de son modèle démocratique si, en dépit, de sa victoire par les urnes à une majorité significative, Obama n'était pas le représentant de son parti à l'élection face à un républicain qui, dans ces conditions, sortirait vainqueur du scrutin de novembre ? Ce ne serait pas la fin de la super-puissance américaine mais au moins le commencement de la descente aux enfers d'une société de non droit, pourrait-on insinuer.C'est à la suite de ce risque grandissime de voir le Parti Démocrate porter le chapeau d'un rendez-vous manqué avec l'Histoire que les voix les plus autorisées du Parti, en commençant par celle de Madame Pelisi, Présidente de la Chambre des représentants, s'élèvent pour exiger d'Hillary Clinton l'effacement au profit d'Obama. Mais le chef du Parti démocrate Howard Dean s'est fait plus discret, se contentant de déclarer sans précision que « l'un des deux candidats devait abandonner la course à l'investiture après les primaires » du 3 juin. Il précise que « même si les superdélégués avaient jusqu'à la convention du 25 août pour se décider, le choix devait être fait avant cette date, car il serait trop tard pour unifier le parti et battre le candidat républicain John McCain ». En pensant à la difficulté d'une solution à court terme, d'aucuns sortent comme un joker l'idée d'un ticket qui comporterait tous les deux. Mais lequel sera aux commandes ? L'équation demeure entière.